Association des Naturalistes de Mayotte

LE PROJET DE PARC NATUREL MARIN DE MAYOTTE

 

AVIS DE L’ASSOCIATION DES NATURALISTES DE MAYOTTE SUR LE PROJET DE PARC NATUREL MARIN DE MAYOTTE

Composition du comité de gestion : La part des organisations professionnelles et d’usagers est particulièrement importante (19 sièges) au regard du nombre de sièges réservés aux associations de protection de l’environnement (3). Nous comprenons cependant qu’il soit nécessaire de rassembler le plus grand nombre d’acteurs pour la gestion du futur parc, mais il y a là un déséquilibre marqué. Nous souhaitons une meilleure représentation des associations de protection de l’environnement. Concernant l’association des Naturalistes de Mayotte, nous souhaitons qu’apparaisse ses affiliations fédérales (FNE, RNF) à la suite de son nom.

L’étendue du Parc : Accord de l’association sur le périmètre maximum (ZEE). Cependant cette définition de l’étendue du Parc n’aurait aucun sens s’il n’y a pas en même temps attribution de moyens maritimes de suivi et de surveillance. Par ailleurs l’imbrication de différentes compétences administratives rendent ce suivi et cette surveillance problématiques : le préfet de la Réunion est préfet maritime de la zone, le préfet des TAAF a compétence pour vendre des droits de pêche dans la ZEE. Ne serait-il pas opportun de chercher à simplifier cette superposition de compétences ?

La pêche Dans ce domaine, l’objectif de gestion du Parc doit être d’aboutir à une gestion durable et concertée de la ressource. Cela nécessite en particulier l’implantation à Mayotte d’un centre IFREMER qui puisse évaluer la ressource halieutique et élaborer des propositions de gestion. Pour faire évoluer la profession, il faut pouvoir améliorer la formation des pêcheurs et les aider à acquérir du matériel aux normes. L’accès à la ressource doit être réservé en priorité aux pêcheurs mahorais plutôt qu’aux thoniers senneurs européens qui capturent davantage dans la zone que tous les pêcheurs mahorais réunis.

L’aquaculture : La situation actuelle, même si elle ne porte que sur une production de moins de 200 tonnes, n’est pas satisfaisante : il s’agit d’élevage d’espèces exotiques, exportées ensuite par avion vers les marchés européens. L’impact carbone d’une telle pratique est considérable, le risque d’introduction d’espèces exotiques dans le lagon n’est pas nul, la production de rejets pose d’autant plus de problèmes qu’il est question d’augmenter fortement la production.

L’impact des pollutions : La rédaction des propositions dans ce domaine nous semble beaucoup trop vague et pas assez volontariste. Comment "obtenir une bonne qualité de l’eau dans le lagon" si on se limite à "étudier et suivre les impacts des apports telluriques", "organiser des opérations de ramassage des déchets", etc.. Il est indispensable d’afficher sans tarder des mesures pour enrayer toutes les sources de pollution, sous peine de n’avoir à gérer qu’un lagon-poubelle d’ici quelques années. Il est par ailleurs surprenant et significatif qu’aucune action ne soit suggérée concernant l’assainissement des eaux usées qui se déversent dans le lagon.

L’impact des grands équipements : Le dossier fait état de l’impact de la construction du 2ème quai de Longoni : 20 000 m3 de vases, des "dégâts irréversibles" sur les platiers internes, "d’autres zones fortement dégradées" auxquels il faut rajouter la suppression complète de la mangrove de fond de baie. Alors que ce 2ème quai est à peine achevé, on annonce l’ouverture prochaine du chantier d’extension de la piste longue de l’aéroport dont l’impact environnemental risque d’être encore plus important. La réserve naturelle nationale de l’îlot Mbouzi est à 4 km du lieu des travaux. Le coût environnemental et financier est énorme, l’opportunité économique est-elle réellement démontrée ?

Les usages du lagon : Il est compréhensible que la circulation sur le lagon soit accordée prioritairement à ceux dont c’est le métier : pêcheurs, professionnels du tourisme. Mais qu’en sera-t-il si un jour les transports motorisés des particuliers se multiplient ? Imaginons par exemple le jour où il y aura 200 jet skis sur le lagon : il y a fort à parier que le dérangement aura contraint certaines espèces à déserter le lagon. Les orientations du Parc doivent afficher que le maintien de la biodiversité marine est un objectif prioritaire et contraignant. Les modes de tourisme, en particulier le tourisme individuel, doivent y être subordonnés, cela nécessite un encadrement plus strict des VNM.

Valoriser le patrimoine, l’histoire et les savoir-faire liés à la mer : Située au cœur du canal de Mozambique, Mayotte a une longue histoire maritime dont il ne subsiste que quelques rares vestiges. Il importe d’enrichir ce patrimoine en suscitant des recherches d’histoire maritime, en recueillant les contes et traditions orales liées à la mer, en valorisant le patrimoine matériel (quais d’accostage sucriers, épaves, pirogues à balancier, pièges à poissons…)

le 23-11-09

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